Métro (années
90)
Au travers des dédales du métropolitain les gens s’agitent et se bousculent. Au détour d’un couloir une femme
joue de son accordéon et laisse de temps à autre chanter sa voix aigue et troublante. Allongé et la tête penchée, un homme tatoué dort en tenant entre ses doigts un mégot. Les hauts parleurs
grésillent et les paroles d’une dame préviennent les aimables usagers du métro que les faiseurs de poches ont choisi la station pour travailler. Chacun dévisage alors son voisin et vérifie au
moins deux fois s’il porte toujours ses affaires. Quelques gardes de la cité s’occupent à interroger un pauvre gars coloré. Une fille aux longs cheveux blonds et à la robe échancrée marche en
dévoilant des pans de ses cuisses dorées. Un malheureux attend paisiblement qu’une personne vienne lui acheter un des bibelots étalés sur un tissu posé sur le sol gris du souterrain. Et le métro
surgit, puis disparaît.
Aujourd’hui (années 2000), il faudrait rajouter dans le décor quelques caméras de surveillance.
Par Bouledure
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Fumée
La fumée… Elle s’envole par volutes bleues ou grises, tournoie sous l’effet d’une légère brise. Ses mouvements continus ou brusques,
ondulés ou grossiers, s’apparentent à une danse diabolique ou t’enlacent et te mirent une farandole de démons et de satyres. La fumée… Une mort lente, douce et exquise.
« Au milieu des volutes de fumée l’espoir se disperse, disparaît, puis revient. La braise qui se consume est la vie qui se dérobe
petit à petit. Finalement tout le monde connaît la fin. Le feu s’éteint et la mort vient. L’espoir est dérisoire et la vie un cauchemar. »
Par Bouledure
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Qui suis-je ?
Je ne suis pas né sur Crypton comme Superman, ni sur Véga comme Actarus. Je ne viens pas de Mars ni de Vénus, ni d’une autre galaxie ou
d’une autre voie lactée comme le capitaine Flam. Non, rien de tout cela. Mais je suis né sur la planète terre, simplement la terre, enfin ce qu’il en reste. Je ne suis pas un super héros, ni même
un héros, et je n’ai pas vraiment l’ambition de sauver l’humanité. Je suis juste un homme parmi tant d’autres, ni grand, ni petit, un individu moyen dans une foule anonyme... Je n’ai pas de super
pouvoir, point de pouvoir tout court, ni une quelconque faculté spéciale. J’écris à mes heures perdues, c’est-à-dire quand mes obligations m’en laissent un peu le temps. Et c’est un luxe que je
savoure. Pour ces pages, j’ai choisis le surnom de Bouledure. J’aurais pu l’écrire au pluriel, comme certains m’ont parfois prénommé ou bien m’appellent encore, et c’est toujours mieux que
bourses molles. Pour changer, on le conservera au singulier. C’est plus percutant, et j’espère que cela aura au moins le mérite de ne pas laisser indifférent.
Souvenirs…
Moi, Bouledure, je suis né au commencement du dernier quart du XXème siècle. Je suis né alors que le plein capitalisme avait déjà
profondément ancré ses racines et continuait à étendre ses vicieux tentacules au sein de la vieille Europe, alors même qu’il commençait à dévoiler sa perniciosité au monde entier, un monde
aveuglé. Je suis né en plein crash pétrolier. Si bien que parvenu à un âge où il me fut permis de comprendre un tant soit peu l’histoire du monde, je ne pus que constater l’amas nauséabond dans
lequel j’étais plongés, et dans lequel je nage encore à perdre haleine, désorienté, en tentant d’atteindre un rivage que je n’espère même plus aborder. Quoi qu’à l’époque, j’étais bien loin de
m’en douter. Dans une ville de banlieue côtoyant les embouteillages de la capitale, j’ai peut-être été préservé, provisoirement. C’était une bourgade sociale, mais pas encore une aberration. Le
jour était proche, mais pas encore discernable, où s’effondrerait le système soviétique. Entre les tours des HLM, les petits jeunes construisaient le futur en s’amusant, ou en se bastonnant, les
deux n’étant pas incompatibles. Si jeunes et si mélangés nous étions, cela ne nous empêchait pas de nous livrer par intermittence à des guerres de couleurs sans queue ni tête, pour le simple
prétexte de nous affronter. Le passé avait déteint sur nos êtres juvéniles. Et nous initions dans la cour de récréation les affres des années à venir.
2005 (?), 2009…
Par Bouledure
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Dominant les champs et les prés,
Surveillant la rivière et son gué
Jusqu'aux plus lointaines masures
Caressées par le vent qui murmure,
S'élève froidement sur la colline,
Au-dessus des rochers et des racines,
Une haute forteresse impassible.
Seuls la mousse et le lierre folâtre
Escaladent impunément et sûrement
Les lourdes et vieilles pierres grisâtres
Des courtines échancrées et des remparts menaçants.
Et si la citadelle n'autorise la lumière
Que par d'étroites embrasures et fines meurtrières,
C'est pour dissimuler ses trésors invisibles.
Hélas tu n'es plus que ruines,
Vestiges souillés pleurés par la bruine.
Où sont donc enfouis tes secrets
Que je cherche en vain parmi tes plaies ?
C'est le temps qui malicieusement
Te tue doucement. Et pourtant,
Tu restes impassible.
Ruines (02/1995)
Par Bouledure
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